Une exposition montre ce que les lapins, les fourmis et les pneus de voiture ont en commun avec Ausc

 
 Tomas Baum - tomas.baum@kazernedossin.eu - 0032 (0)15 28 86 30
Kazerne Dossin lance cet automne une nouvelle exposition sur Auschwitz : Auschwitz.camp. Après la Seconde Guerre mondiale, le camp d’Auschwitz est devenu le symbole de la Shoah. Mais derrière l’horreur se cache une surprenante histoire de colonisation et d’industrie.
 
Plus de 25 000 Juifs et Roms ont été déportés de la caserne Dossin à Auschwitz. Le camp de rassemblement de Malines a été libéré il y a 75 ans. Peu après, en janvier 1945, c’est le camp d’Auschwitz qui a été libéré. « Nous voulons profiter de cette année de commémoration pour retracer l’histoire singulièrement stratifiée et souvent inconnue qui se cache derrière Auschwitz », annonce Christophe Busch, Directeur Général de Kazerne Dossin et curateur de l’exposition.
 
Auschwitz, une nouvelle ville allemande
L’exposition analyse le lien évident entre l’atroce crime de masse perpétré par les nazis et leurs aspirations coloniales. Les Allemands voulaient effectivement récupérer le territoire polonais qu’ils avaient perdu après la Première Guerre mondiale. Cette expansion vers l’est découlait aussi du désir des nazis de gagner en ‘Lebensraum’, en espace vital. Après l’invasion de la Pologne en 1939, ils élaborent des plans visant à implanter une nouvelle industrie allemande sur le territoire polonais reconquis. La présence de matières premières les amène dans la petite ville polonaise d’Oświęcim (Auschwitz en allemand). 1941 marque le début de la construction de l’IG Farbenfabriek, une entreprise du secteur chimique où serait notamment fabriqué du caoutchouc synthétique pour les pneus de voiture. Un nouveau quartier ouvrier moderne doit être construit dans la ville, avec des parcs, des piscines et des transports modernes. Mais l’usine se trouve également à un jet de pierre d’Auschwitz I, un camp de concentration construit un an plus tôt pour les résistants polonais. IG Farben conclut un accord avec la SS : les prisonniers peuvent être utilisés comme forçats dans l’usine. Une dynamique dangereuse prend ainsi forme. « Le contraste entre le ‘lifting’ moderne d’Oświęcim et les conditions épouvantables dans le camp ne pouvait être plus marqué », explique Christophe Busch.
 
Animaux
Un nouvel espace vital nécessite aussi un plus grand approvisionnement alimentaire. Une nouvelle industrie bio mène, toujours dans les alentours du camp, à l’installation de piscicultures, de batteries de ponte, d’élevages de porcs et de volailles, entre autres. Des lapins angoras sont même élevés dans certains camps de concentration pour leur viande, leur fourrure et leur laine. 
L’exposition montre aussi des animaux vivants : un formicarium rempli de fourmis illustre la société idéale telle que vue par les nazis : un unique leader fort - la reine - et des milliers de travailleurs.
 
Des images interdites montrent la vie et la mort
L’exposition aborde aussi largement la vie dans le camp. Tandis que les détenus vivent en danger de mort permanent, leurs gardiens trouvent le temps de se détendre et de s’amuser. L’exposition présente ce contraste saisissant au travers de deux albums photos exceptionnels du fait qu’il était interdit de prendre des photos dans le camp. L’album de l’officier SS Höcker illustre la vie insouciante des gardiens du camp, tandis que celui de Lilly Jacob montre le sort des victimes.
 
Des selfies devant Arbeit macht frei
Au travers de photos de Hans Citroen, l’exposition montre ce qu’il reste aujourd’hui de cette histoire. Pendant que le site muséal du camp est aux prises avec le tourisme de masse, des témoins silencieux parsèment les vastes alentours. Le co-curateur et auteur Hans Citroen a vécu pendant un temps dans la ville : « À Auschwitz aussi, on trouve des vestiges de ce qu’il s’est passé. Les habitants ont utilisé des poteaux du camp pour en faire un poulailler, par exemple. Un camp de détenus a été transformé en boxes de garage. Les voies ferrées traversent encore les champs. Toutes ces choses revêtent une grande importance historique, mais comment les gérer ? Des gens prennent des selfies devant l’entrée d’Auschwitz I. L’afflux touristique est énorme. Nous voulons aussi que notre exposition pousse les visiteurs à réfléchir à l’éducation à la mémoire, une donnée importante pour Kazerne Dossin. »
 
L’exposition sera ouverte du 24 octobre 2019 au 25 juin 2020. Elle se visite individuellement ou en groupe avec un guide.